Etat de la question :

    La reconnaissance de l’usure professionnelle représente l’un des enjeux de la réforme des retraites. Un enjeux décisif car il change définitivement notre contrat social. Dans notre système actuel la pénibilité n’est pas prise en compte de la même manière dans le secteur privé et le secteur public.
Dans le secteur privé, il y a le compte professionnel de prévention (C2P) pour les salariés exposés à des conditions de travail éprouvantes. Ce mécanisme qui permet aux personnes concernées d’accumuler des points qui financent des formations, un passage à temps partiel sans baisse de rémunération, ou de partir deux ans plus tôt à la retraite.
La fonction publique, quant à elle, dispose du système appelé « catégories actives ». Selon ce système, les agents dont le métier s’avère dangereux ou difficile physiquement (policier, agent hospitalier…) peuvent réclamer le versement de leur pension entre 52 et 57 ans, c’est à dire plus tôt que dans le privé (62 ans). Il en va de même pour les salariés de plusieurs entreprises publiques (RATP, SNCF…) qui sont affiliés à des régimes spéciaux de retraite.

Réforme en cours ou problématiques actuelles :

    La réforme en cours se targue de vouloir instituer un système plus juste et équitable. Force est de constater qu’elle ne fait qu’accentuer des inégalités déjà criantes. En effet selon un rapport de l’Insee il y a 7 ans d’écart d’espérance de vie entre un cadre et un ouvrier. Partant de ce postulat la nécessité de prendre en compte la pénibilité du travail de façon rigoureuse et équitable paraît cardinale.
Cette réforme des retraites ne prend pas suffisamment en compte la pénibilité au travail et par conséquent conditionne l’accès à la retraite à des âges où peu pourront en profiter en bonne santé.
La problématique avec cette réforme repose sur le fait que seul 6 critères de pénibilités sont conférés et pris en compte dans la loi, (travail de nuit, travail répétitif travail en équipes successives alternantes, activités exercées en milieu hyperbare, bruit, températures extrêmes).
Les 4 critères que sont la manutention manuelle de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques,
l’exposition aux agents chimiques, eux sont pris en compte que de manière parcellaires dans la réforme. En effet l’article 32 les prend en compte seulement pour les assurés justifiant d’un minimum de 10% d’incapacité permanente.

 

    Ces 4 points des pénibilités non ouverts à tous sont pourtant cardinaux, un peintre en bâtiment ou un couvreur ne verront pas leur poste éligible à l’accumulation de points de pénibilités alors même que la pénibilité du métier ne fait aucun doute.
Il en va de même des aides soignantes ou infirmières, soumises elles aussi, à des postures difficiles et ayant l’obligation de déplacer et porter des patients à longueur de service. Sur la pénibilité au travail la majorité des partis de gauche, de LFI au parti Socialiste sont unanimes pour décrier un texte qu’ils jugent lacunaire en matière de prise en compte de l ‘usure au travail. En ce sens ils ont fait front commun à l’assemblée pour exiger une meilleure prise en compte de la pénibilité notamment par le maintien de certains régimes spéciaux (égoutiers, éboueurs, etc) mais aussi par la volonté d’inclure les 4 critères manquants.
Les Républicains veulent d’une part mettre fin aux régimes spéciaux et d’autre part fixer un calendrier de sortie tout en prenant en compte les spécificités liées à la pénibilité de certaines professions
La CGT pour sa part, considère que le maintien des régimes spéciaux est la seule manière de prendre équitablement en compte la pénibilité au travail pour les départs à la retraite.
La CFDT elle est favorable à la prise en compte des 4 critères précités à tous les assurés, afin que plus d’assurés puissent cumuler des points de pénibilités qui leur octroieront le droit de partir plus tôt à la retraite.